Notre-Dame de Pentecôte, un havre de paix au cœur du bruit et de la fureur de la Défense ?

Une église, spécialisée dans le monde du travail est implantée au cœur du quartier d’affaires de la Défense. Elle accueille les travailleurs qui souhaitent prendre du recul sur leur profession, ou tout simplement ceux qui veulent, pendant un moment, s’écarter de l’agitation de leur quotidien.

Nulle odeur centenaire de poussière, nulle pénombre caractéristique. Et pourtant, il s’agit bien d’une église. Ou plutôt d’une « maison d’église », comme ses bénévoles se chargent très vite de nous le rappeler. Notre-Dame de Pentecôte se fond dans le paysage du plus grand quartier d’affaires européen, la Défense, à Puteaux, comme un caméléon dans la végétation.

A l’instar des gratte-ciels, des grandes tours ultra-modernes qui l’entourent, elle est constituée de grands panneaux vitrifiés en guise de murs. Si ce n’est la musique de ses huit cloches, et la discrète croix rouge qui orne un de ses côtés, ce batiment n’est en rien différent des structures, très contemporaines, qui l’environnent. Conçue par l’architecte Franck Hammoutène, et inaugurée en janvier 2001, l’église est une véritable prouesse technique. En effet, elle surplombe l’Autoroute A14. Soutenue par 63 pilliers massifs, elle pèse 4500 tonnes et comporte trois niveaux. Tout en hauteur, donc, cet espace religieux est loin de faire tâche dans le cadre de la Défense.

Pourtant, malgré cette frappante similitude, sa raison d’être est de se distinguer, de proposer une alternative au cadre dans lequel elle se situe. Au coeur d’un quartier d’affaire particulièrement passager, dans lequel gravitent quelques 150 000 personnes par jour, Notre-Dame de Pentecôte, a été conçue par son fondateur, François Favreau, comme une sorte d’antithèse des entreprises autour desquelles elle se situe. Sa vocation est de proposer un « lieu de calme, de silence » comme l’explique Marie-Laure Vannier, une « accueillante ». Elle reçoit entre 150 et 200 personnes tous les jours. Cette paroisse est spécialisée dans le monde du travail. Elle propose des offices religieux à des horaires adaptés aux cadres de la Défense : le matin à 8h30, à la pause déjeuner aux alentours de 12h30, et enfin, à 18h. En outre, elle n’est pas ouverte le week-end.

Plus qu’un lieu de culte, de prière, cette lumineuse maison d’église est surtout l’occasion pour les cadres de trouver un espace de paix, de repos, qui contraste avec l’agitation du monde des affaires. « Je viens chercher ici un moment de rupture avec ma vie au 16ème étage de la tour « Egée » de la Défense. Je l’ai choisie, et je l’accepte, mais parfois, j’ai besoin de souffler. Notre-Dame nous permet de le faire sans forcément avoir à partir à l’autre bout de la France », explique Jean-Marc, un habitué, que la pluie ne rebute pas. Il ajoute qu’il n’est pas « forcément pratiquant de manière générale, mais, ici, nous ne sommes pas obligés de faire semblant. La plupart des gens qui viennent le font plus par besoin de calme que parce qu’ils sont croyants-pratiquants ».

Le mercredi midi est la séance de la semaine la plus fréquentée. Une centaine de personnes se rend la messe programmée à 12h30. Il s’agit d’un moment un peu particulier, car après l’office religieux, un repas peu onéreux est proposé aux participants, au rez-de-chaussée. Les bénéfices sont, bien entendus, reversés à Notre-Dame de Pentecôte. Ce déjeuner est un moment de dialogue, où les participants peuvent échanger leurs ressentis, partager leurs appréhensions. Le mot d’ordre de cettte discussion ? Le monde du travail, bien entendu ! Il se conçoit comme un moment de « prise de hauteur par rapport aux rouages économiques », comme l’annonce le dépliant de la maison d’église.

Les différentes prêtres qui y travaillent refusent toute liturgie musicale, afin de proposer un moment de profond silence, de recueillement, qui n’est pas forcément lié à la croyance, donc, mais plutôt au besoin d’apaisement de ceux qui s’y rendent. Notre-Dame de Pentecôte est le premier édifice religieux « créé pour répondre aux impératifs de respect, de solidarité, de repos qui n’existent pas dans le monde du travail », selon Mme Vannier.

Ceci s’incarne dans une initiative, prise par ND de Pentecôte. Afin de répondre aux pertes d’emplois, et de faciliter la reprise du travail, la maison d’église a mis en place une structure : le Groupe de Recherche d’Emploi de la Défense, le GRED. Ainsi, les offices religieux deviennent le moment d’un dialogue, facturé 80€, avec des professionnels de la recherche d’emploi. M. Gilbert, « l’homme à tout faire » du lieu, comme il se définit lui-même, assure que « le GRED permet à la moitié de ses adhérents de retrouver un travail ».

Ainsi, ND de Pentecôte est une église résolumment moderne, comme l’indique les différentes expositions d’art religieux contemporain qui y prennent place. Elle est aussi très dynamique, à l’image de ceux qui s’y rendent. Elle diversifie ses activités, mais avec toujours en point de mire, l’idée de proposer une alternative aux dérives du monde du travail. Les visages des visiteurs sont apaisés en sortant de ND de Pentecôte.

Mission accomplie ? Pas tout-à-fait. Vers l’agitation, le bruit, la difficulté de leur travail, les cadres finissent toujours par retourner.

Clément Brault.